La Feuille – Armoiries communales vaudoises: un processus rigoureux et une expertise menacée

Les armoiries communales dans le canton de Vaud suivent un processus strict de validation. Contrairement à une idée reçue, il n’existe pas d’autorité fédérale pour créer ou valider des armoiries en Suisse. Cette compétence relève exclusivement des cantons. Aussi quelles règles et limites régissent la création ou la proposition de nouvelles armoiries ?

Double validation

Au niveau cantonal, toutes les armoiries communales doivent être soumises au Conseil d’État pour approbation. Les décisions sont publiées dans la Feuille des avis officiels. Au niveau fédéral, la Loi sur la protection des armoiries ne régit pas la création mais uniquement la protection. La Confédération ne possède aucune autorité pour valider ou refuser des armoiries. Son rôle se limite à l’enregistrement dans la base de données de l’Institut fédéral de la propriété intellectuelle et à la protection contre les usages commerciaux non autorisés.

 

Le processus

La commune engage d’abord une expertise héraldique, soit auprès des Archives cantonales vaudoises, soit en mandatant un héraldiste indépendant. Elle soumet ensuite son projet aux Archives avec un dossier comprenant le blasonnement, c’est-à-dire la description héraldique technique, des dessins en couleur et en noir et blanc, et une justification historique ou culturelle.

Les Archives cantonales examinent le projet selon plusieurs critères : conformité aux règles de l’héraldique, unicité du design, qualité technique du blasonnement, pertinence du symbolisme et lisibilité. Les experts des Archives sont pointilleux à l’extrême, garantissant la qualité du patrimoine héraldique cantonal. Cette rigueur explique pourquoi aucun cas de refus formel n’a été documenté, les projets étant corrigés durant la consultation préalable.

Après le préavis favorable des Archives, le Conseil d’État ratifie les armoiries. Pour les fusions communales, le blasonnement doit être transcrit dans la convention de fusion, soumise au vote populaire et ratifiée par le Grand Conseil.

 

La règle d’or de l’héraldique

La règle cardinale, absolument incontournable, se formule ainsi : jamais métal sur métal, ni émail sur émail. Concrètement, l’or et l’argent, qui sont des tons clairs, ne peuvent jamais se toucher directement. De même, aucune couleur profonde ne peut être superposée sur une autre couleur profonde. Cette règle médiévale garantissait que les armoiries soient instantanément reconnaissables sur un champ de bataille. L’alternance garantit le contraste visuel.

La simplicité constitue le deuxième principe fondamental. Un blason réussi ne doit comporter qu’un à trois éléments principaux au maximum. La stylisation prime sur le réalisme, et la perspective tridimensionnelle est déconseillée. Les armoiries doivent rester bidimensionnelles.

 

Les Archives cantonales au cœur du système

Les Archives cantonales vaudoises, fondées en 1798 et installées à Chavannes-près-Renens, occupent une position unique dans le système vaudois. Elles fournissent un préavis expert sur tous les projets, maintiennent un fichier central de toutes les armoiries vaudoises depuis 1952, et offrent un service de conseil aux communes. Cette fonction de conseil préventif permet d’identifier et de corriger les problèmes en amont. Depuis 2016, elles transmettent également les armoiries à l’Institut fédéral de la propriété intellectuelle pour inscription dans le registre fédéral.

 

Une expertise menacée

Le système vaudois fait face à un défi préoccupant : il ne reste qu’un seul peintre héraldiste traditionnel travaillant à la main en Suisse romande, Claude-Georges Brülhart dans le canton de Fribourg, et aucune relève n’est identifiée. Pour les communes vaudoises, Olivier Delacrétaz, graphiste et héraldiste, a conçu les armoiries de nombreuses fusions récentes. Cependant, le président du Cercle vaudois de généalogie constate que les jeunes ne semblent plus s’intéresser à l’héraldique.

Malgré ces défis, le système vaudois incarne un équilibre entre rigueur scientifique, contrôle démocratique et créativité symbolique. Les règles strictes garantissent la lisibilité et la pérennité de ces symboles qui traverseront les générations comme témoins de l’histoire communale. Ce système préserve l’une des plus riches traditions héraldiques d’Europe, où pratiquement toutes les communes suisses possèdent aujourd’hui des armoiries officielles.

 

Vote sur les Nouvelles Armoiries de la Vallée de Joux

Le 18 janvier 2026, la population combière sera appelée à se prononcer lors d’une votation populaire consultative sur les armoiries de la future commune. 

Cette votation fait suite à la fusion des communes de L’Abbaye, du Chenit et du Lieu, acceptée par les citoyens le 22 septembre 2024, qui donnera naissance à la commune de La Vallée de Joux le 1er janvier 2027.
La campagne précédant la votation du 18 janvier s’annonce animée.

 

 

La question soumise au vote

La question posée aux électrices et électeurs sera simple et directe :
« Acceptez-vous les armoiries de la future Commune telles que proposées dans la convention de fusion ? »

Conséquences du vote du  18 janvier

En cas de OUI
Si la population vote OUI le 18 janvier 2026, le débat sera clos et ces armoiries deviendront officielles dès le 1er janvier 2027, date d’entrée en vigueur de la nouvelle commune.

En cas de NON
Si la population rejette les armoiries proposées, un nouveau processus sera initié :

  1. Esquisser de nouvelles armoiries par une commission.
  2. Faire vérifier par un spécialiste qu’elles respectent les règles héraldiques.
  3. Les faire valider par les Archives cantonales.

Il est important de noter que seules les nouvelles autorités élues en automne 2026 pourront officiellement modifier les armoiries figurant dans la convention de fusion après le 1er janvier 2027.

 

Cadre juridique et administratif

Cette votation consultative est organisée par les autorités communales et le COPIL Fusion (Comité de Pilotage), qui gère le processus de fusion depuis 2020. Le COPIL a notamment mis en place plusieurs groupes de travail thématiques, dont un groupe spécifiquement dédié au nom, aux armoiries, à la vie associative et à l’identité régionale.

 

Calendrier de la fusion : rappel

  • 22 septembre 2024 : Acceptation de la convention de fusion par les trois communes
  • 18 janvier 2026 : Votation consultative sur les armoiries
  • Automne 2026 : Élection des nouvelles autorités communales
  • 1er janvier 2027 : Entrée en vigueur officielle de la commune de La Vallée de Joux

 

En conclusion

Le 18 janvier 2026, les Combiers trancheront donc l’avenir du blason de La Vallée de Joux. Ce processus témoigne de l’importance des enjeux symboliques dans une fusion de communes : au-delà des aspects institutionnels, financiers et organisationnels, la réussite d’une telle union passe aussi par l’adhésion à une identité commune. Trouver un équilibre entre la création d’une nouvelle image partagée et le respect des héritages locaux est un défi délicat. 

Quelle que soit l’issue du vote sur les armoiries, la commune de La Vallée de Joux, une fois constituée en 2027, devra se concentrer sur sa mission principale : unir ses forces pour le développement de toute la région, tout en honorant sa riche histoire et son patrimoine.

 

Source: La Feuille – www.lafeuille.ch/2025/11/27/armoiries-communales-vaudoises-un-processus-rigoureux-et-une-expertise-menacee